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MEMOIRES

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POUR SERVIR

A L'HISTOIRE

DES

INSECTES.

N

Par M, de Rea u mur, de 1 Académie Royale

des Sciences.

TOME SECOND.

Suite de ï Hijtoire des Chenilles éf des Papillons ; Et ï Mifloire des Infeéles ennemis des Chenilles.

A *P A R I S,

DE L’ IMPRIMERIE ROYALE

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V

P R E F A CE,

l’on donne une idée generale des Mémoires qui compofent ce Volume , èr quelques fupplemens à ceux du Volume precedent.

LE premier Volume de cet Ouvrage ne traite que des Chenilles, des Crifàlides& des Papillons; il n’a pour¬ tant pas fuffi, à beaucoup près, pour donner les principes de l’Hidoire générale des Infeétes qui vivent fucceffive- ment fous ces trois formes. Aulfi avons-nous averti qu’il nous reftoit à faire paraître plufieurs Mémoires fur ces mêmes Infeétes. Le nombre & l’étendue de ces derniers Mémoires ont même été plus loin que nous ne l’avions prévû ; ils rempliront prefqu’en entier ce fécond volume. Je n’y en ai pourtant fait entrer aucun auquel j’euffe pu y refufer place, fans obmettre un article effcnticl à l’Hiftoire que nous avons commencée. Je fuis d’ailleurs fi éloigné de penlèr que j’aye donné trop detenduë à chacun de ces Mémoires en particulier, que je ne les regarde pour la plupart , que comme des titres que j’ai commencé à rem¬ plir, que comme des places préparées aux nouvelles ob- fervations qui le feront par la fuite.

Nous avons fait remarquer dans le premier volume *, qu’entre les papillons de même efpcce , il y en a qui relient plus ou moins de temps fous la forme de crifalide,&cela félon la faifon dans laquelle la chenille s’eft transformée. Cefiit méritoit plus que d’être remarqué; il méritoit qu’on fut attentif aux conféquences finguliéres qu’on en peut tirer, & qu’on fit les expériences auxquelles il invite. Il Tome IL . a

* Ment. xi. paS. 47 1.

ij PREFACE.

nous conduit directement à penfer que quelqu’admirable que foit ia compofition du corps des infectes, que quoique leurs machines ne foient pas frites avec moins d art & d’appareil que celles auxquelles nous foinmes unis, nous pouvons prefque prolonger ou 'abréger à notre gré leur durée; que nous pouvons frire que le cours de la vie d un infecte foit deux fois, trois fois, quatre fois,ckc. plus long que ne l’a été jufqu’ici celui d’aucun autre infecte de fon elpece; que nous pouvons au contraire, fans faire déniai à l’infecte, fans lui nuire, abréger confdérablemcnt le cours de fa vie; c’eft-à-dire, que nous pouvons mettre cet infecte en état de frire pendant un temps affés court, la même fuite d’opérations , qu’il n’eût faite que dans un temps beaucoup plus long. Nous fommes, dis- je, con¬ duits à ces conféquences par l’obfervation qui nous a ap¬ pris que tel papillon ne relie, en été, que quelques lè- mainesfous la forme de crifalide, pendant qu’un autre pa¬ pillon de la même efpece fera retenu pendant plufieurs mois fous la même forme de criftlide, s’il ne l’aprifeque dans l’automne; carde-là il fuit qu’un certain degré de chaleur peut rendre l’accroifTcment du papillon très rapide, & qu’un certain degré de froid peut rendre fon accroiffe- ment très - lent. La chaleur & le froid influeront de même fur les déperiffemens ou décroiffemens de l’infeélc. Or la vie complette de tout animal n’eft qu’une fuite de degrés d’accroiffement, & une fuite de degrés de décroiffement. Il étoit curieux de voir ce que nous pouvons fuivant cette idée , non-feulement pour prolonger & pour abréger la durée de la vie des infeeftes , qui font fucceffivement che¬ nilles, crilalides & papillons; mais aufficeque nous pou¬ vons de femblable fur la vie des infeéles en général , foit qu ils ayent, ou qu’ils n’ayent pas à fubir des transforma¬ tions. Ce font ces recherches qui font l’objet du premier

P R E' F A C E. iij

Mémoire; on doit être excité à Jes pouffer plus loin que nous n’avons fait, par les connoiffances curieufes quelles nous promettent ; elles femblent même nous en promettre d’utiles, 6c elles nous en ont déjà donné de cette dernière efpece. La confommation des œufs efl un objet confidé- rable ; les œufs frais fur-tout, nous font fouvent d’un grand fecours : les recherches de ce Mémoire, 6c les réflexions qu’il nous a donné occafïon de faire, nous ont mis fur la voyc de trouver lefecret de conferver pendant plufieurs mois, pendantdes années, des œufs prefqu’auffi frais, c’eft-à-dire, prefque dans le même état qu’ils étoient le jour ils ont été pondus.

Dans le fécond Mémoire, nous achevons, en quelque forte, i’hifloire générale des papillons; nous y rapportons les différentes manières dont s’accouplent ceux de diffé¬ rentes efpeces ; nous y décrivons les parties tant des mâles que des femelles , que la nature a préparées pour la confer- vation des efpeces; nous y parcourons les différentes & fniguliéres figures des œufs de diverfes efpeces de papil¬ lons; enfin nous y faifons admirer l’adreiTe avec laquelle certains papillons fçavent arranger leurs œufs; leur atten¬ tion à les dépofer dans les endroits les plus convenables, afin que les chenilles qui en éclorront, trouvent à leur naiffance de la nourriture toute prête. Nous y voyons juf- qu’où va l’amour des papillons de quelques efpeces pour leurs œufs. Pour les couvrir, ils fe dépouillent eux-mêmes; ils s’arrachent leurs propres poils pour en faire une couver¬ ture à leurs œufs , 6c cela avec beaucoup de dextérité ; ifs ont un derrière qui fçait faire tout ce que feroit en pareil cas une main adroite.

Dans les Mémoires fuivans, nous venons aux hiffoires particulières, ou moins générales des chenilles. Dans le troifiéme 6c dans le quatrième, nous parlons de celles qui

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iv PREFACE.

fçavent vivre enfocieté, qui travaillent en commun. Le troifiéme Mémoire traite de celles qui ne paffent pas en- fcmble toute leur vie, de celles dont les focietés Te divifent avant que les chenilles qui les compofent, foient en état de fe transformer en crifalides. La plus commune de toutes les chenilles, & à laquelle nous en avons donné le nom , celle dont on ne trouve que trop de nids dans nos jardins , nous fournit un exemple de ces dernières efpeces de che- jiillcs. Les nids des communes font des logemens elles paffent l’hiver, & dans desfaifons plus douces elles fe re¬ tirent pendant la nuit & pendant la pluye; ce font de vrais labyrinthes, dont elles fçavent bien trouver tous les tours de détours. Nous pavons nos chemins; pour rendre ceux par lefquels elles paffent journellement , plus unis & plus doux , elles les tapiffent de toiles de foye. D’autres chenilles vivent dans les prairies en commun , elles habitent lous une même tente faite de toiles de foye, & qui eflfoûtenuë par quelques pieds de plantin, ou de gramen; elles mangent toutes les feuilles qui font fous cette tente & aux environs. Après que tout ce qui efl à leur portée a été conlommé, elles décam¬ pent, & vont enfemble filer plus loin une nouvelle tente. Dans le même Mémoire, nous verrons combien d’infe- éles, en apparence très-délicats, font en état de réfiller aux plus grands froids; que la liqueur blanchealre ou verdâtre qui circule dans leurs vaiffeaux, & qui ell leur fang, ne peut être gelée ni coagulée par des froids exceffifs; que les chenilles qui doivent être le plus expofées au froid, font le plus en état de le foûtenir; enfin que celles qui ne font pas en état d’y réfiller, fçavcnt s’enfoncer fous terre à des pro¬ fondeurs le grand froid ne fçauroit le faire fentir. Nous y verrons des chenilles qui fe font de très -gros nids fur le pin, & qui donnent une foye qui par la quantité & fa qua¬ lité, mérite qu’on cherche à en faire ufage.

PREFACE. y

Dans le quatrième Mémoire, nous donnons leshiftoi- res de diveriès efpeces de chenilles, dont les focietés font plus durables que celles des chenilles du Mémoire précè¬ dent; ce font des focietésà vie, & même par-delà; c’eft- à-dire, que les chenilles qui les compofent, refient en- femble tant qu’elles font chenilles, & que les crifalides dans lefquelles elles transforment , fe trouvent placées les unes auprès des autres. Il y a de ces dernières fociétés très- nombreufès ; il y en a de plus de fix à fept cens chenilles. Une telle locieté n’eft pourtant qu’une même famille; elle n’efl compofée que de freres& de fceurs , pour ainfi dire. La marche de celles que nous avons nommées proceffïoti- naires , efl fmguliére; la troupe cfl toujours conduite par un chef; cette troupe forme des évolutions peut-être de tous les genres , dont les troupes les mieux difcipiinécs en fçavent faire. Ces mêmes proceffionnaires nous donnent occafion d’examiner pourquoi certaines chenilles nous caufent des demangeaifons, & produifcnt des élevûresfur notre peau. On verra qu’il n’y a que celles qui font velues qui puiffent nous caufer cette incommodité, & que l’at¬ touchement de toutes les chenilles velues n’eft pas à crain¬ dre. Celles-là feules peuvent nous faire du mal , dont les poils font des efpeces d’épines qui , quoique prodigieufe- ment déliées , font afles roides pour piquer notre peau , & s’y engager. Le même Mémoire nous fera connoître des chenilles qui femblent poufter la délicateffe au point de craindre les frottemens des feuilles contre leur corps; elles ne touchent qu’avec leurs dents, celles dont elles le nour- jiftent. Ces chenilles font couchées enfemble dans des toiles de foye, comme dans des efpeces de hamacs; elles font, pour ainfi dire, au lit pendant quelles mangent; elles avancent feulement la tête en-dehors de leurstoiles; elles ne détachent quelafubftancedu deftusde la feuille. Quand elles ont ainfi rongé le defîus de toutes les feuilles qui font

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vj PREFACE .

autour Je leurs toiles , elles abandonnent ces toiles, & vont

ailleurs en filer d’autres femblables aux premières.

Des chenilles qui vivent en focieté,nous paffons à celles qui vivent dans une parfaite folitude. Nous parlons dans le cinquième Mémoire de celles qui depuis qu’elles font nées, jufqu a ce qu’elles foient papillons, fe tiennent dans des efpeces de cellules elles ne peuvent avoir de com¬ munication avecaucuns autres infeéîes. Une fèuille d’arbre roulée avec beaucoup d’art , fait le logement d’une de ces chenilles. Nous expliquons la méchanique au moyen de laquelle ces chenilles indufhieulès parviennent à rouler fi bien des feuilles. Nous verrons qu’elle dépend de la ftruéïu- re particulière des liens de foye quelles lçavent employer pour faire & maintenir les tours des rouleaux, & de la ma¬ nière dont elles fçaveht pefer fur les liens avec une partie du poids de leur corps, pour obliger les deux portions de la feuille qu’elles roulent, à s’approcher l’une de l’autre. Tout de fuite nous parlons de diverfes efpccesde chenilles, dont les unes vivent dans un paquet de plufieurs feuilles qu’elles ont réunies , & dont les autres fe contentent de courber une feule feuille. Nous faifons pourtant connoître quel- quesautres chenilles qui roulent en commun des feuilles, &qui vivent en commun dans des feuilles roulées. Ce Mé¬ moire a déjà été imprimé parmi ceux de l’Académie de 1730. mais il reparoît ici avec beaucoup d’additions.

Certaines chenilles ont des attitudes, ou des formes très- propres les faire reconnoître; nous avons raffemblé quel¬ ques-unes de ces chenilles-ci dans le fixiéme Mémoire. On y en voit une belie& grande qui vit des feuilles du troène, dont l’attitude ordinaire eft de tenir fa partie antérieure élevée d’une manière qui lui donne quelque reffemblance avec un fphinx. Une autre a le plus fouvent le corps plié en deux, & de côté. Une autre tient prefque toujours fa tête renverfée fur fou dos. Le corps de quelques autres

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forme des ziczacs dans un plan perpendiculaire à celui lur lequel elles font pofées. Enfin , les chenilles que nous avons mifes dans la quatrième clafTe,ont toutes desformes qui s’éloignent beaucoup de celles des autres chenilles; nous donnons dans ce fixiéme Mémoire quelques exem¬ ples de leurs formes linguliéres. Quelques-unes deces che¬ nilles qui vivent fur le faule font remarquables par leur e£- pece de queue fourchue ; chacune des deux branches qui la compofent, efi l’étui d’une corne charnue que la chenille en fait lortir quand il lui plaît , &. dont elle fert comme d’une efpece de fouet, pourchalfer les mouches qui s’ap- puyent liir fon corps. C’efi pour elle un infiniment bien important ; nous verrons qu’il peut l’empêcher d’être man¬ gée toute vive par les vers qui fortent des œufs que cer¬ taines mouches pourraient laifîcr fur fon corps , ou dans fon corps même.

Nous avons accordé le feptiéme Mémoire à trois ef- peces de papillons finguliers; fon titre offre une place toute prête aux autres papillons finguliers qu’on obfer- vera parla fuite. La première de ces efpcces efi celle de ce papillon que nous avons nommé paquet de feuilles fé- ches, parce qu’il a l’air d’un pareil paquet de feuilles. Le papillon à tête de mort , dont il a déjà été parlé dans le tome premier , reparaît ici, & on y donne fon hiftoire com- plette. Il efi encore plus remarquable par un cri plaintif qui lui efi particulier, que par la figure d’une tête de mort qu’on croit voir fur fon corcelet. Nous y prouvons que ce cri efi produit par le frottement de la trompe contre ies cloifons barbues entre lefquelles elle efi logée. Une efipece de papillon qui vit fur l’éclair, efi remarquable par fa petitefle; il faudrait bien des centaines de mille de ces papillons mis dans une balance pour la tenir en équi¬ libre contre le papillon à tête de mort. Ce petit papillon efi d’ailleurs fingulier par la ftru&ure de fa trompe. II fait

* Tom. J\fan. il. yaS- 73

viij P R F FACE.

peu d’œufs, mais les chenilles qui en éclo/ent, croisent

vite, au moyen de quoi il y a beaucoup de générations de

ces papillons dans une année, 6c par-là ils multiplient pro-

digieufement.

Les arpenteufes, les chenilles qui femblent mefurer le chemin qu’elles parcourent, ont été rangées dans deux claffes*, dans la cinquième & dans la fixiéme; celles qui ont douze jambes, c’eft-à-dire quatre intermédiaires, ont été placées dans la cinquième; 6c celles qui n’ont que dix jambes, ou que deux intermédiaires, ont été miles dans la fixiéme. Je ne fuis pas fur encore d’avoir trouvé plus d’une efpece de chenilles à douze jambes ; je leur ai pourtant accordé à elles feules le huitième Mémoire. Il cil lingulier que cette efpece de chenille paroilfc avec des variétés de couleur qui devroient fuffire pour en faire dillinguer plu- fieurs efpeces. Mais une Angularité dont nous nous lom- mes mal trouvés, 6c qui feule méritoit que nous lilfions un article particulier de ces chenilles, c’eft que, quoiqu’elles m’culfent toujours paru alfés rares, elles fe font multipliées prodigieulèment en 1735. elles ont fait d’étranges ravages dans une grande partie du Royaume, 6c fur-tout aux en¬ virons de Paris , elles ont dévoré des champs entiers de légumes. Elles avoient jetté i’allarme dans Paris au point qu’il falloit avoir du courage pour ofer manger de lafalade, 6c même pour ofer manger des herbes cuites. Nous exami¬ nons dans ce Mémoire fi les craintes qu’on a eues du venin de ces chenilles, étoient fondées, 6c s’il y a véritablement des chenilles venimeufes. Enfin nous tâchons d’expliquer pourquoi des chenilles rares peuvent, d’une année à l’au¬ tre, devenir extrêmement communes. Le papillon de cette chenille des légumes pare fon derrière dans le temps de l’accouplement, de deux houppes de poils finguliéres.

Les arpenteufes à dix jambes fourniraient lèules la ma¬ tière d’un gros volume à qui voudrait décrire toutes celles

qu’il

P R E F A C E. ix

qu’il pourrait trouver dans le pays qu’il habite; nous n’a¬ vons pu au moins leur refuSer un Mémoire entier, le neu¬ vième , dans lequel nous nous fournies contentés de rap¬ porter quelques (ingularités de quelques - unes des efpeccs de divers genres de ces chenilles. Nous y expliquons com¬ ment certaines arpenteufes fçavent Se cachera nos yeux , 6c par le moyen le plus (impie; elles contentent de coler à plat deux feuilles l’une contre l’autre, comme le hazard pourrait les placer; en un mot, d’une manière qui nefait pas Soupçonner qu’il y ait des chenilles entre ces feuilles. Une efpece d'arpenteulès nous a donné un papillon noélurne qui paraîtra très-fingulier aux naturalises, parce qu’il a le port d’ailes, qui entre dans le caradtére des papillons diurnes des premières clalfes. Ce qui leur paraîtra encore Singulier, c’eft qu’une arpenteulè , pour fe métamorphofer en crifa- lide, lçache Se SuSpendre par un lien defoye; jufqu’ici on a cru que cette adreffe n’étoit connue que des chenilles qui donnent des papillons diurnes, & celle -ci en donne lin noéturne. Ce qui paraîtra plus généralement une Sin¬ gularité, c’eft qu’il y ait beaucoup d’eSpeces d’arpenteuSes, dont tous les papillons femelles ne Semblent pas être des papillons; ils lont des papillons Sans ailes. Des chenilles de plufïeurs genres , & les arpenteufes plus qu’aucunes au¬ tres, Sçavent une manière abrégée de deScendrc des plus hauts arbres, 6c de s’y remonter, elles Se Servent d’un fil deSoye, qui efl pour elles une corde. Le fait en général eh connu, mais les procédés de la chenille qui defeend avec un hl , & qui fe remonte par fon moyen , n’ont point été expliqués; ils méritoient de l’être, 6c ils le font dans ce Mémoire. Dans le même Mémoire nous avons indi¬ qué les caraétéres au moyen defquels on peut diftinguer des claffes&des genres d’arpenteuSes.

Dès qu’il y a des chenilles qui vivent toujours au milieu Tome 11. .b

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X PREFACE.

de l’eau , 6c qui y fçavent faire les mêmes manèges que les autres font fur terre, ces chenilles ne dévoient pas être laiffées dans l’oubli. Dans le dixiéme Mémoire j’ai donné l’hiftoire complette de deux efpcces de chenilles aquati¬ ques; 6c j’ai expliqué l’art avec lequel elles fe font des ef- peces de fourreaux, dans lefquéis elles fe tiennent au milieu de l’eau, fans que l’eau touche prefque leur corps; elles font dans l’eau fansfe mouiller.

Après avoir entenduparler de tant d’efpeces de chenilles dans le premier volume, 6c dans celui-ci, après avoir vit qu’unefeule efpece,& même uneefpece ilont les individus font ordinairement rares , peut faire de grands ravages , on devroit craindre, ce femble, que tous nos arbres ne fuffent dépouillés par les chenilles, que toutes nos plantes ne puf- fent à peine leur fournir ailes de pâture, 6c qu’elles ne nous lailfaffent aucune efpece de récolte à faire. Mais les inlètfles nous forcent fans ceffe d’admirer la fageffe avec laquelle tout a été combiné. Dans ce prodigieux nombre d’elpcccs de chenilles, au goût de chacune defquelles conviennent plufieurs efpeces de plantes; dans ce prodigieux nombre d’eljaeces de chenilles, dis-je, il ne s’en trouve aucune dans ce pays qui aime les feuilles de ces plantes qui donnent les grains qui nous fournilfent notre aliment elfentiel, du pain. Il y a plus, malgré le nombre prodigieux d’efpeces de che¬ nilles, malgré la grande fécondité des papillons, on doit peut-être être furpris quelles piaffent fe perpétuer, quand on Içait quel eft le nombre de leurs ennemis, combien d’in- feéïes & combien d’autres animaux cherchent à les détruire» Oefî dans le onzième Mémoire que nous faifons connoître la plupart des ennemis des chenilles. On y verra que beau¬ coup de différentes efpeces de mouches ont été inflruitesà aller dépofer leurs œufs fur le corps, ou dans le corps même des chenilles. Les vers fortis des œufs d’une mouche , fe

PREFACE . x;

nourrilfent de la fubllance intérieure d’une chenille. Mais ce qui doit nous furprendre, c’ell que cette chenille qui a le corps tout rempli de vers, vit 6c ne paroît pas en fouffrir. L’Auteur de tant de merveilleux ouvrages a voulu que ces vers Ce perpetuafTent , qu’ils parvinrent à le transformer en mouches, 6c ils n’v parviendroient pas fi la chenille qui les doit fournir d’alimens, mouroit trop vite. Comment vit-elle, pendant que tout fon intérieur lèmble devoir être dévoré! Le huitième Mémoire du premier volume nous a appris que dans une chenille il y a, pour ainfi dire, de quoy faire deux animaux , que les parties de deux machines animales y font ralTemblées , celles d’une chenille, 6c celles d’un papillon. Les vers fçavent ne point manger les parties elTentielles à la chenille, ils ne mangent que celles qui font propres au papillon; par -là toutes les vues font remplies, la chenillevitôc croît, 6c elle fait vivre & croître les vers; mais elle ne parviendra pas à Ce métamorphofer en papillon , 6c les vers parviendront à fe transformer en mouches.

Nous revenons encore aux chenilles dans le douzième Mémoire. Dans les précédais, nous n’avons fuivi que celles qui vivent furies plantes 6c fur les arbres, & ordinairement fur les feuilles; il nous relie à en faire connoître de bien des genres, 6c de bien des elpeces, à la fureté defquelles la nature lèmble avoir été le plus attentive. Ce font celles a qui elle a appris à fe mieux cacher, 6c à palfer leur vie dans une grande obfcurité. C’ell dans l’intérieur des arbres 6c des plantes, dans leurs tiges , dans leurs branches que Ce tiennent plufieurs efpeces de chenilles dont il s’agit dans ce Mémoire. L’écorce, l’aubier, 6c même le bois le plus dur font des alimens qu’elles aiment. Telle chenille quiell logée dans le tronc d’un grand 6c gros arbre, fe trouve dans une malfive 6c folide tour, dont les murs lui fournil- lent de quoi vivre. D’autres efpeces de chenilles plus

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xij PREFACE.

petites nous paraîtront avoir encore été mieux traitées; elles fçavent fe cacher clans des habitations moins folides à la vérité, mais delquelles elles tirent des alimens que nous leur envions. Tant de fruits , fouvent excellens, dont nous ne jouiiïbns pas toujours avec allés de reconnoilfance, ont etc partagés entre ces chenilles & nous. Les poires, les pommes, les prunes, les châtaignes , les noix, lesnoifettes, &c. les grains même qui nous tout les plus néceffaires, ont été deltinés à frire vivre quantité d’elpeces de chenilles. Il y a des années nous lemblons avoir quelque raifort de trouver que la part des fruits qui leur a été accordée, eft trop grande; dans certaines années il y a plus de ces fruits que nous nommons verreux, qu’il ne nous en relie de lains. Les chenilles des fruits, comme toutes les autres, fe transforment en papillons. Chaque papillon femelle pond un grand nombre d’œufs. Cependant , ce qui ell très- digne d’être remarqué, chaque fruit, chaque prune, cha¬ que poire & chaque pomme, quelque grolfe qu’elle foit, n’elt habitée que par une feule chenille. Le papillon veut- il que chacun des infectes à qui il donne nailfmce , ait en propre un fruit entier! ne lailfe-t-il fur chaque fruit qu’un feul œul! évite-t-il de le dépofer fur le fruit un autre papillon femelle a déjà pondu un des liens! Ce fait fup- pofe dans le papillon, non -feulement un grand amour pour les petits qu’il doit mettre au jour, mais il lefuppofe capable de bien des circonfpeéfions, & de bien des con- noilfances. Ne faut-il pas croire plutôt que la petite che¬ nille qui s’eft logée la première dans un fruit, fçait s’en conferver la polïelfion, & quelle a le courage & la force nécelfaires pour empêcher d’autres chenilles de s’y intro¬ duire! Notre douzième Mémoire nous apprend des fiits qui paroilfent prouver que par rapport à certains fruits , e’eft la prévoyance du papillon qui doit être admirée, &

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que par rapport à d'autres fruits, tout ce qu’il y a de fin- guiier ici doit être mis fur le compte de la chenille. Enfin nous y verrons que quand chaque chenille a pris tout l'on accroiffement dans l’intérieur d’un fruit, que quand elle celle d’avoir beloin de manger, elle perce le fruit, elle en fort, elle va pour l’ordinaire, s’enfoncer fous terre. Elle s’y fait une coque dans laquelle elle le transforme en cri- falide, & de laquelle fort le papillon.

Nous venons d’indiquer les principales matières qui font entrées dans ce volume: lur ce court expofé, on s’attend peut-être que la leélure des Mémoires fera plus agréable qu’on ne la trouvera; il ell fûr au moins que des extraits un peu étendus de ces Mémoires plairoient à bien des leéleurs , plus que les Mémoires mêmes. Les faits fin- gulicrs & curieux y feraient plus rapprochés; ils ne fe¬ raient pas féparés les uns des autres par des détails fou vent peu interelfans & quelquefois très-fecs; telles font desdef- criptions d infeéles , de chenilles Si de papillons qui ne fçauroient jamais être amufàntes, mais qui cependant font elfentielles à un ouvrage de la nature de celui-ci. Il n’efl pas moins nécelfaire de faire connoître la chenille & le pa¬ pillon dont on veut rapporter les procédés induftrieux, qu’il l’eftde peindre lecaraélére d’un Général, lorfqu’on veut donner I hifloirc des batailles qu’il a gagnées.

J’ai pourtant épargné le plus qu’il m’a été pofhble, de ces détails néceffairement fecs, peut-être même que la crainte de les multiplier m’a trop retenu dans le neuvième Mémoire, dans celui qui traite des chenilles arpenteufes h dix jambes; je n’ai pas ofé m’arrêter, autant que la matière me paroiffoit le demander, aux caraéléres des genres pre¬ miers, des genres féconds, Si des efpeces de cette nom- breufe claffe de chenilles. J’avoue pourtant quej’avoisde quoi m’encourager à olèr davantage : trois des Mémoi¬ res du premier volume ont été employés à diftribuer les

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xiv PREFACE.

chenilles 6c les papillons enclaffes 6c en genres. Rien aflïïré- ment n’efi plus fec que ces diftributions ; aufii ai-je averti ceux qui ne vouloient lire que pour s’amufer, de pafler légèrement fur ces trois Mémoires, 6c même de ne les point lire du tout. Néantmoins dans une des vifites dont une grande Princeiïe * honoroit les infectes , tant ceux que je garde en vie , que ceux que je conferve morts , elle me fit voir que non-feulement elle avoit lu ces Mémoires rebutans, mais que tous les caractères des cîaflesdc des gen¬ res qui y font déterminés, lui étoient plus préfens qu’à moi-même; elle m’indiquoitles papillons fècs qu’elle vou- loit que je lui montralfe , par les propriétés générales de leur clafi’e, 6c par les particularités de leur genre 6c de leur cfpece: je n’en étois pourtant pas étonné; je fçais qu’elle veut tout fçavoir , & tout lçavoir par principes , & je fçais avec quelle furprenante facilité elle apprend tout. Mais un tel exemple ne m’a point enhardi, il ne m’a paru rien con- clurre pour le plus grand nombredes lecteurs.

L’ordre, la méthode de les détails exacts contentent les cfprits à qui une connoilfance fuperficielle des objets dont ils s’occupent , ne fuffit pas; mais ceux qui ne veulent que s’amufer en filant un ouvrage, n’y voudraient trouver que des faits remarquables. L’hiltoire des infectes n’a pas en¬ core ailes pris la forme de fcience, on n’en elt pas encore communément au point de vouloir fatiguer fon attention 6c mémoire , pour en apprendre les principes.

C’ell un avantage propre aux Ecrivains qui font des compilations , 6c qu’ils ont fur les Auteurs qui traitent les matières plus à fond, de pouvoir choilir dans chaque fujet ce qui eft le plus capable de plaire. Leur travail elt extrê¬ mement utile; ils préfentent les fciences dépouillées de ce qu’elles ont d’épineux, à ceux qui n’ont pas le temps de les approfondir; ils peuvent faire naître du goût 6c de

* S. A. S. Madame la Duchefle du Maine.

PREFACE. xv

l’amour pour elles à ceux à qui elles étoient indifférentes : mais il n’arrive que trop fouvent à ces mêmes Ecrivains de perpétuer contre leur gré les erreurs; ils ne l'ont pas toujours par eux- mêmes ailes au fait des matières qu’ils traitent , & ils veulent s’épargner les dilcuiïions ; ils puifent dans différentes fources, 6c iis ne le croyent plus rel'pon- fabies de rien , dès qu’ils citent leurs garants. Cependant comme on croit qu’ils n’ont puifé que dans des fources qu’ils ont reconnues pour bonnes, 6c qu’ils n’y ont pas pris ce qui eût être rejetté, on cil difpofé à recevoir pour vrai ce qu’ils nous rapportent. Pour ne parler que des compilations d’hidoire naturelle, à combien de faits faux, rapportés par Ariftote 6c par d’autres, n’ont-elles pas donné une forte d’autorité! plus un fût a été dit 6c redit de fois, 6c plus on ell dilpolcà le croire; on ne cherche pas affés à voir que cent Ecrivains qui rapportent ce fait, ne font que de (impies échos de celui qui l’a dit la pre¬ mière fois. Je pourrois citer un grand nombre d’exem¬ ples des faits qu’il Endroit retrancher des compilations d’hiftoire naturelle qui ont paru dans ces derniers temps, foit chés nos voifins, foit chés nous, & de celles même qui ont été le mieux reçues du public, 6c quileméritoient.

Les Mémoires de ce volume ne paraîtront peut-être que trop longs, du moins je le crains; je n’en fuis pour¬ tant pas moins convaincu , comme je l’ai déjà dit , qu’ils n’ont pas pour la plupart toute l’étendue qu’ils devroient avoir. A mcfurc qu’on accordera plus d’attention aux inlèéles, on fera des obfervations qui m’ont échappé : celles même que je rapporte font quelquefois imparfaites; il m’arrive quelquefois de parler d’une chenille dont je n’ai pas encore eu le papillon , 6c de parler d’un papillon dont la chenille ne m’eft pas encore connue : c’eft avertir les obfervateurs de ce qui relie à faire, 6c c’efl: les inviter à pro¬ fiter des occafions qui pourront leur faire voir en entier ce

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que je n’ai qu’à moitié. J’aurai apurement desfupplé- mens à donner à mes Mémoires, & quand ces lupplémens 11e feront pas trop confidérables, je placerai ceux qui ap¬ partiennent aux volumes précédons, dans la Préface du der¬ nier volume: je vais commencer par celle-ci à en ufer comme je crois le devoir faire dans la luite.

Dans le premier Mémoire du premier volume, ou dans celui qui y tient lieu rie Préface, il y a deux articles fur les¬ quels je n’ai pas affés infifté. Le premier efl celui de l’ori¬ gine des infeéles, fçavoir s’ils naiffent ou peuvent naître de corruption, comme tous les anciens, & des modernes après eux , l’ont prétendu. Le fécond eft fur le degré de croyance qu’011 doit accorder aux faits rapportés par plu- fieurs Naturalilles. C’elt enlifant l’extrait du premier vo¬ lume de ces Mémoires, qui a été donné par les Journa- lifles de Trévoux, que j’ai que je ne rnetois pas affés étendu fur les deux articles dont je viens de parler. Par rapport au premier, j’ai fuppofé que les infeéles ne naiffent pas de corruption ; j’ai mis même au nombre des obllacles qui avoient le plus arrêté les progrès de nos connoiffances fur les inleélcs, l’opinion des anciens qui les faifoit fortir de la pourriture de difïérens corps ; car dès qu’on croyoit qu’ils venoient de corruption, la partie la plus curieufè de leur hifloire , tout ce qui a rapport à la manière dont ils le perpétuent, nefembloit pas demandera être étudiée. Je croyois alors rapporter un fentiment qui 11’avoit plus befoin d’être combattu, que depuis qu’on s’étoit accoutumé à analyfer les idées, à ne recevoir pourvrayes que celles qui étoient claires, il n’y avoit plus au moins dephyficiens à qui il fallût prouver que des chairs pourries, que des bois pourris nefc transformoient point en des machines orga¬ nises qui ont autant ou plus de parties que les nôtres , & des parties dont le jeu & l’accord ne fçauroient être affés admirés. D’ailleurs il me fcmbloitquelesobfervations

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tic Swammerdam, de Malpighi, de Leemvenlioek, de Valliinieri , 6c celles de pluSieurs autres Naturalises dé¬ voient avoir ouvert les yeux à ceux qui raiSonneht peu ,

6c à qui des faits mal obServés en avoient impole. Mais j’ai qu’il failoit encore revenir à la charge contre un Sen¬ timent qui n’eft pas aufSi généralement profcritque je l’a- vois penlé, 6c qu’il devroit l’être. Je n’euffe pas Soupçonné qu'il eût trouvé des déSenfèurs en France, 6c Sur-tout dans unefbcieté deSçavans aufSi célébré que celle qui travaille aux Journaux de Trévoux; cependant Si elle veut bien avouer qu’il pourroit Se faire que ce Sentiment ne fût pas vrai, elle croit le devoir laifïer au moins parmi ceux qui Sont probables, 6c qu’il ne doit pas être mis au rang de ceux dont la SaufTeté eft prouvée. Cette Société Sçavante penSe qu’au moyen de quelques modifications , quelle attribue au Pere Kirckcr ,6c qu’au moyen de la vertu piaf- tique ou Séminale que ce Pere a Sait agir, on peut expli¬ quer d’une manière Sort ingénieufe, comment les inSeéles naifTent de corps pourris; 6c que cette explication s’accorde très -bien avec les Saits. Il m’efl arrivé de mettre Kirckcr 6c Bonanniau nombre des modernes qui ont penSé avec les anciens que les infeéles naifTent de putréfaction , 6c on verra bien-tôt Si j’ai eu raiSon de les y mettre. Les Jour- naliftes de Trévoux prétendent que je devois une place diltinguée à ces deux Sçavans défaites ; 6c c’eft pour le prouver qu’ils expoSent ce qu’ils appellent le Sentiment de Kirckcr , 6c qu’ils y applaudiffent *. * Mem.pow

Mais par rapport à Kirckcr & h Bonanni , diSent-ils, qu’il a enveloppés dans la claffe des anciens qui croy oient la gêné- des beaux ration des infedes , l’effet d’une ffmple putréfadion , il nous Arts‘ Jmna permettra de remarquer que Kirckcr avoit pris un parti mitoyen mÿ, entre le fyjleme ancien & le moderne , qui toit pas encore ajjes développé de fon temps ; car ce grand homme n’a pas Tome IL . c

xviij PREFACE.

■prétendu que des corps organifé s , tels quil reconnoiffoit les infedes , puffent venir de corps non organifé s , ni même que de tel corps organifé il pût naître indifféremment tout corps organifé quelconque.

Sa penfée bien prife , ejl que tout étant organifé dans un corps organifé , S les parties des corps organiques étant elles- mêmes des corps organiques ; la corruption nefiifoit que dé¬ tacher ces petits corps organiques qui compofoient un grand corps j & que ces petits corps ainfi détachés fornioient les in¬ fectes , lef quels j fans avoir préexifé dans des femcnces appro¬ priées , préexif oient au moins en puifance dans la vertu pla- Jlique ou fêminale qui ef répandue dans tous les grands corps. Ce fyfeme peut n être pas vrai ; mais il ef fort ingénieux , & du refe tout-à-fait conforme ir à l’efpece de hasard qui donne naiffance à tant d’ infedes, à1 à l’appropriation en quelque forte afés marquée de certains infedes à de certains corps , & à de certaines parties de certains corps foit végétaux fois animaux.

Et un peuplas bas ils adjoûtent: S’il ctoit auffi bien dé¬ montré que la première origine des infedes ef dué à un fm- ple développement de femenccs préexif entes , qu’il l’ef que leur transformation ou leur régénération , ou fécondé origine ef due a un fmple développement de ces infedes , le fyfeme de Kircker tomberoit abfolument avec celui des anciens.

Il eft, ce me femble, ailé de faire voir qu’il auiïi démontre que les infeéles ne naifTent point de corruption, qu’il l’eft que leurs métamorphofes apparentes ne font que des dépouillemens, & par des preuves du même genre; & il fera ailé de faire voir que le lyllemc du Pere Kircker ne fpûtient pas mieux que celui des anciens. Maisavantque de l’entreprendre, je prie les Journalises de Trévoux de me permettre de leur repréfenter à mon tour qu’il n’y a qu’un excès de fenfibilité pour les Peres Kircker K Bouamii,

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qui ait pu les porter à plaindre de ce que fai enveloppé ces Peres dans la claffe des anciens qui regardaient les in¬ fectes comme l’effet d’une funple piitrêfadion. L’épi théte de /impie efl pourtant ici de trop, & adjoûtée à mon texte. J’ai dit que les anciens avoient cru pouvoir faire naître les in¬ fectes de la pourriture des corps de différentes efpeces , & qu ! y avoit eu de notre temps des hommes illuflrés , tes fameux Peres Kircker & Bonanni, qui n avoient pas abandonné ce fentiment ; je ne fçais point au/Ti de modernes qui y aycflt été plus attachés, qui ayent plus cherché à le faire triom¬ pher. Le Pere Bonanni a fait imprimer un volume in-p.° plein d’obfervations , par iefqueiles il prétend l’établir. Le Perc Kircker parle en une infinité d’endroits d infeéies qui naifient de pourriture; il difiingue leurs différentes maniè¬ res de naître; il en fait éclorredes œusf, & il en fait naître, bien davantage de corruption , & afïurément il lie ménage pas cette dernière façon de s’exprimer Pourquoi donc ces Peres méritoient-ils une exception! c efl qu’il avait , le Pere Kircker (car on ne dit rien du Pere Bonanni) c’ejl qu’il avoit fur la génération des infectes un fyfleme mitoyen entre le fyfleme ancien & le fyfleme moderne. Mais ce fyfleme du Pere Kircker, comme celui des anciens, fuppofe que les infeéies naifient de pourriture, & il tend à nous expliquer comment ils en naifient. Comme je ne crovois pas qu’il y eût aucun fyfleme qui pût donner la moindre vray- femblance à un tel fentiment, à un fentiment quimepa- roifioit également contraire aux obfervations exactes , ëc aux raifonnemens les plus conféquens, je n’ai pas cru , dans le premier volume, devoir m’arrêter à expofer le fyfleme du Pere Kircker fur la génération des infeéies; je le dois faire à préfent, dès qu’on prétend que ce fyfleme n’efl: point tombé, & que d’habiles gens foûtiennent qu’il cfl pour le moins vray-femblable. Pour même ne lui ôtci rien

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de ce qui peut le faire valoir, rien de ce qui lui donne un air de fÿheme complet, je l’expoferai un peu autrement que n’ont fait les Journaliftes, & précisément tel que le Pere Kireker l’a donné. Ce fçavant Jéluite a penfé que toutes les parties des animaux font remplies de petits corps très-volatiles qu’il appelle tantôt des corpufcules Spiritueux, tantôt des efprits animaux, tantôt des elprits Séminaux. Ces corpufcules extrêmement volatiles, ces elprits relient dans l’animal tant qu’il vit ; mais l’animal vient-il à périr , & à fe corrompre , ces corpufcules s’échappent , & ont